1870 est probablement une des années les plus intéressantes en matière de philatélie française. C’est au cours de la guerre franco-prussienne de 1870-1871 que Paris s’est retrouvée encerclée et a dû faire preuve de créativité pour acheminer le courrier.

Pourquoi cette guerre ?

Après le renversement de la reine Isabelle II d’Espagne, c’est le Prince Léopold de Hohenzollern-Sigmarinen, cousin du roi de Prusse, qui est pressenti pour la remplacer. Il se porte officiellement candidat le 21 juin 1870. Le ministre des affaires étrangères français, Gramont, s’oppose à cette candidature.

Le roi de Prusse, Guillaume 1er, soucieux d’éviter un conflit, fait pression sur son cousin pour qu’il renonce au trône d’Espagne. Le père de ce dernier réalise une déclaration en ce sens le 12 juillet 1870. L’ambassadeur de France, Vincent Benedetti se rend alors à Ems. Il a ordre d’obtenir des garanties quant à la renonciation de Léopold de Hohenzollern-Sigmarinen. Guillaume 1er la lui confirme mais refuse de donner des garanties supplémentaires. L’affaire aurait dû s’arrêter là, mais Bismark, chancelier de la Confédération de l’Allemagne du Nord, ne l’entend pas de cette oreille.

Il crée un récit tronqué de l’échange entre Guillaume 1er et l’ambassadeur français : la dépêche de Ems présente l’entretien de Guillaume 1er comme très sec vis-à-vis de Vincent Benedetti, une véritable offense à la France. Dans un contexte où la Prusse a besoin d’unité, une guerre contre un ennemi commun entre les régions a tout son sens pour renforcer cette union.

Paris assiégé

Le 19 juillet 1870, la France déclare la guerre à la Prusse. Mais l’armée, malgré ce qu’en dit le ministre de la guerre, n’est pas prête. Seulement 300 000 soldats français (contre 500 000 prussiens), pas suffisamment de stratèges dans l’état-major, la France subit défaite sur défaite au point que l’empereur Napoléon III finit par capituler le 2 septembre 1870 à Sedan.

Il n’en faut pas plus à Paris pour que la République soit proclamée, le 4 septembre, et un nouveau gouvernement rapidement constitué.

Deux semaines plus tard, Paris est encerclée par l’armée prussienne, laissant ses habitants coupés de toute communication avec l’extérieur.

Permettre au courrier de circuler en temps de guerre

Des bénévoles recherchent des solutions pour aider le gouvernement assiégé à Paris. Ainsi, Nadar, Dartois et Duruof créent la première compagnie des aérostiers militaires. La première idée consiste à utiliser des ballons captifs pour observer les mouvements de l’armée prussienne. Mais très vite, le besoin de correspondre avec l’extérieur se fait sentir.

Deux ateliers de construction de ballons sont installés dans les gares de chemin de fer. Les trains ne peuvent en effet plus circuler à cause du siège. Les gares du Nord et d’Austerlitz seront donc le théâtre de la construction des premiers ballons libres.

Le 23 septembre 1870, Le Neptune décolle et franchit les lignes ennemies. Fortes de ce succès, l’Administration des Postes du Gouvernement et la Défense Nationale autorisent officiellement la naissance de la Poste aérienne. Les premiers courriers partent ainsi par la voie des airs.

Bien évidemment, les Prussiens ne facilitent pas la vie des habitants de la capitale. Ils n’hésitent pas à tirer sur les ballons et en arrêtent plusieurs de cette manière. On citera, entre autres, les ballons du 30 septembre, celui du 27 octobre, du 4 novembre, du 12 novembre ou encore du 20 décembre.

En plus du courrier, les ballons montés serviront à certains pour quitter Paris assiégé. Militaires de haut rang, hommes politiques… En tout, 164 passagers, dont le ministre Gambetta, quittent Paris par la voie des airs.

Les ballons montés en quelques chiffres

Il y eut 67 vols. Plus de 2 millions de lettres ont pu quitter la capitale grâce aux ballons entre le 23 septembre 1870 et le 28 janvier 1871. Le dernier ballon portait pour nom « Le général Cambronne » mettant à l’honneur le mot de ce dernier !

Les ballons montés ne furent pas les seuls moyens utilisés pendant la guerre de 1870 pour acheminer le courrier. Pigeons voyageurs, boules de Moulins … Les Parisiens n’ont pas manqué de créativité pour rester en relation avec l’extérieur.

 

La lettre à Madame Simpson : un authentique faux !

Les Courriers transportés par ballon monté, sont, comme on l’imagine bien, convoités par les philatélistes. Le prix d’un courrier varie en fonction de son état et de l’intérêt de la pièce au niveau de l’histoire postale.

D’une lettre à une autre, le prix peut aller d’une soixantaine à plusieurs centaines voire des milliers d’euros. Ainsi on comprendra très vite l’intérêt de créer des faux.

Et pourtant, le courrier dont nous allons ici vous parler est un faux sans en être un. Lorsque monsieur Mefsurier écrit à Madame Simpson en anglais son témoignage sur Paris assiégé et son prochain envoi en première ligne, la pièce fait envie à plus d’un. Mais quelle n’est pas la surprise de l’un ou l’autre philatéliste quand il se rend compte que la pièce n’est pas unique. Ce fut, entre autres, celle d’Yves Cocoual, depuis lors renseigné sur le sujet. Il explique sur le site http://www.sahpl.asso.fr/ les origines de cette pièce. Non, ce n’est pas un faux… Mais c’est une reproduction d’un vrai ! En effet, les éditions Letts et Cie, sur base d’une réelle lettre envoyée par ballon monté, ont reproduit un courrier en lithographie en hommage à cette période troublée.

Le texte est authentique, pas les noms ni les timbres et les oblitérations, mais la ressemblance est frappante. Les éditions Letts et Cie n’ont pas vendu cette pièce pour tromper l’acheteur. Par contre, d’autres plus indélicats n’ont pas hésité à faire passer des faux pour des vrais. Il faut donc avoir l’œil pour éviter les faux trop tentants. Pour en savoir plus : http://www.sahpl.asso.fr/site_sahpl/Ballon-mont%C3%A9_Faux_1.htm

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Héloïse

Rédigé par Héloïse

Rédactrice en chef du Delcampe Magazine et du Delcampe blog.

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7 commentaires

  1. a voir cette collection mais pou moi c est la carte et sa lecture qui m interesse surtout autour de moi

  2. Bonjour
    Exisiste t il un état complet des ballons montés avec leurs dates ? J’en possède deux, mais n’ai jamais pu identifier le nom du ballon
    Merci de votre réponse et bravo pour cet article

    • Bonsoir Guy
      Oui il existe les livres de Gérard lhéritier ,qui reprend tout les ballons montés avec dates et historique.
      Etant moi même collectionneur de cette période et en ayant une vingtaine je pourrais vous renseigné avec plaisir ,si vous le souhaitez envoyez moi de bonnes photos recto verso et je regarderais cela de près.
      Cordialement J-MARIE

  3. Merci pour cet article sur les ballons montés qui est très intéressant.Bien cordialement .Borgien.

  4. Mes respect « Mme Héloise » – consoeur – Sincerement c’est un reportage réussit , vous avez réaliser une grande partie de l’histoire …. Merci consoeur – et agréable vie bien étoilée de lumière rempli de joie – santé – bonheur et douceur …Nadjib Kazi Tani – Ecrivain Journaliste ….
    Votre confrère – Nadjib Kazi Tani – Ecrivain/Journaliste

  5. Même si je ne suis pas philatéliste, je trouve cet « article » fort intéressant et ça me donne envie d’approfondir mes modestes connaissances sur la circulation des courriers dans l’histoire.
    Merci

  6. Bonjour. votre article sur l’emploi des ballons utilisés pendant la guerre de 1870 sont très bien rédigés . merci ! nous en attendons d’autres aussi intéressants . salutations .