C'est avec tristesse que nous avons appris le décès de Jacques Doppée il y a quelques jours. Afin de lui rendre hommage, nous vous proposons de (re)découvrir l'interview qu'il avait donnée à Delcampe Magazine en 2016.

C’est dans ce cadre que nous avions eu l’occasion de rencontrer Jacques Doppée. Cet illustrateur, né en 1946, était spécialisé dans les aquarelles, les miniatures sur ivoire, les enluminures, la lithographie et la réalisation de timbres.

Amoureux du travail bien fait, compagnon dans l’âme, Jacques Doppée nous avait présenté son travail d’une infinie précision avec une infinie gentillesse.

Toutes nos condoléances vont à sa famille et à ses amis.

 

 

 

Bonjour Jacques Doppée, depuis combien d’année travaillez-vous avec la poste ?

Depuis plus de 20 ans. Le premier timbre que j’ai réalisé date de 1989.

Comment cela s’est-il fait au départ ?

Tout à fait par hasard. Je travaillais à l’époque comme indépendant pour l’imprimerie Unisit et un délégué commercial de l’entreprise, Hans Schueter est venu me trouver. Il m’a dit qu’il faisait partie de la commission philatélique et que mon travail l’intéressait. Il m’a demandé de lui remettre un dossier avec quelques-unes de mes œuvres. Je l’ai fait sans grand espoir et ai continué ma vie sans plus y prêter attention.

Un an plus tard, j’ai été recontacté par la Poste Belge (actuellement bpost) qui m’a proposé de réaliser un timbre sur la thématique du parlement européen. Ils m’ont promis que si le travail était bien réalisé, il y en aurait d’autres et… Ils ont tenu parole !

Combien de timbres avez-vous réalisés à ce jour ?

Une trentaine pour la Poste Belge et un peu plus pour la Poste Luxembourgeoise.

 

J’ai vu que vous aviez réalisé le timbre des 175 ans de Waterloo et celui du bicentenaire, vous êtes un abonné ?

J’ai effectivement réalisé le timbre des 175 ans de la bataille de Waterloo et je suis ravi de l’avoir fait. Par contre, pour le bicentenaire, ce fut plus un travail de gravure que de création et dans ce cadre, bpost a fait appel à des graveurs, notamment Guillaume Broux.

J’ai cependant réalisé le timbre du Cercle Philatélique de Waterloo pour le bicentenaire qui a eu beaucoup de succès, malgré qu’il soit tout à fait anachronique. Tous les symboles de Waterloo s’y retrouvent et cela a beaucoup plu au public présent.

On sent, dans les timbres que vous réalisez, que l’aspect couleur est très important pour vous. Est-ce lié à votre travail en matière d’enluminure et d’aquarelles ?

Bien entendu ! L’aquarelle et l’enluminure sont des techniques que j’affectionne et je suis heureux de pouvoir pratiquer mon art en me basant dessus. Ce qui est important pour moi, c’est de faire de belles choses en m’améliorant constamment.

Je fais mes couleurs moi-même en utilisant des pigments. J’aime travailler sur du parchemin plutôt que sur du papier, et pourtant c’est plus risqué. Sur du papier, on met de la gélatine et la couleur reste en surface. Le parchemin est une matière vivante qui absorbe la couleur mais qui la rend plus lumineuse. Par contre, on n’a pas droit à l’erreur. Si on se trompe, il faut tout recommencer !

J’ai vu sur votre site que vous faites partie des Compagnons. J’ai vu aussi que c’est vous qui aviez été choisi pour illustrer un feuillet sur les timbres artisanaux. Y a-t-il une cause à effet ?

Effectivement, ce sont des timbres sur le Compagnonnage, sur les trois métiers de base du bâtiment. C’est dans cet esprit de compagnon que j’ai réalisé ces timbres et c’est pour cela que j’ai été choisi.

Pour la Poste Luxembourgeoise, j’ai aussi eu l’occasion de réaliser plusieurs feuillets de timbres sur les métiers d’antan en utilisant l’enluminure. Ces timbres sont très réussis et se sont d’ailleurs très bien vendus.

Quel timbre que vous avez réalisé a votre préférence ? Pourquoi ?

Comme pour toute création, c’est toujours la nouveauté qui m’intéresse. Le passé est passé et lorsque je pars sur un nouveau projet, je ne repasse plus sur les anciens. Dans la réalisation de chaque timbre, je rencontre de nouvelles difficultés et c’est cela qui m’intéresse.

C’est une des valeurs du compagnonnage à laquelle j’adhère. S’améliorer d’un projet à l’autre, se dire que ce n’est jamais fini, qu’il y a toujours quelque chose de plus réussi à faire.

Ce qui est important dans mon métier, c’est l’expérience qu’on acquiert. On n’arrive pas à des résultats par hasard. Ce sont des années de travail, de recherche, d’observations qui créent cette expérience. Il faut garder à l’esprit qu’il y a toujours quelque chose à améliorer. Je me sens très loin des solutions toutes faites qu’on trouve sur Internet. Je suis et je reste un artisan.

Quelles sont les différentes phases de conception ?

Tout d’abord, la commission philatélique se réunit et détermine les thématiques qu’elles veulent mettre en place pour l’année suivante. Ses membres déterminent le cahier de charge (feuillet ou carnet comprenant un ou plusieurs timbres…) Ils choisissent aussi les artistes à qui ils veulent confier le travail.

Lorsqu’une thématique m’est proposée, je commence par un travail de documentation et de recherche pour arriver avec quelque chose de réfléchi. Avant, la création n’était proposée qu’à un seul artiste. De nos jours, ils mettent souvent plusieurs artistes en concurrence.

Je pars d’un crayonné pour déterminer mon dessin mais je ne propose à la poste qu’un produit fini. Les créations ont un format très précis : exactement 4 fois la taille finale du timbre. Si on propose quelque chose de plus grand, la qualité de réduction n’est pas maintenue et le résultat final n’est pas optimal.

 

Héloïse

Rédigé par Héloïse

Rédactrice en chef du Delcampe Magazine et du Delcampe blog.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser le langage HTML avec les tags et attributs: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

2 commentaires

  1. J’ai été intéressé par le travail de Jacques Doppée et je vais essayer de me procurer les timbres luxembourgeois sur les métiers d’antan. je possède déjà lle feuillet et le timbre de Waterloo (Belgique)

  2. Bravo Héloïse!
    La découverte (pour moi) de ce graveur de timbres et la richesse de son travail est une révélation.
    On sent bien tout l’amour qu’il avait de son métier