Pier2 nous emmène cette fois à la fin du 17ème siècle pour faire connaissance avec une pièce en laiton irlandaise !

Gunmonaey Mea

En 1690, alors que l’Europe est en pleine tourmente, une pièce de monnaie bien particulière voit le jour en Irlande. Elle ne vaut pas seulement par son métal, mais par l’Histoire qu’elle porte. Imaginez : un roi déchu, une guerre civile, et une monnaie frappée dans l’urgence pour payer des soldats… avec du métal recyclé de canons et de cloches d’église ! Voici l’histoire de la 1 Crown « Gunmoney » de Jacques II, une pièce qui a financé une guerre !


Nous sommes en 1689. Jacques II, dernier roi catholique d’Angleterre, vient d’être chassé du trône par sa propre fille, Marie II et son gendre, Guillaume d’Orange, protestant. Refusant de capituler, Jacques II se réfugie en Irlande, dernier bastion catholique, pour y lever une armée et reprendre son royaume.

Problème : il n’a pas un sou en poche. Les coffres de la Royal Mint, contrôlés par ses ennemis, lui sont fermés. Qu’à cela ne tienne ! Pour financer sa guerre, Jacques II va créer une monnaie d’urgence, frappée en Irlande avec ce qu’il a sous la main : des canons fondus, des cloches d’église, des statues, et même des vieux ustensiles en cuivre. D’où son nom : « Gunmoney » (l’argent des canons).

Jacques Ii

Description de cette monnaie


La pièce présentée est 1 Couronne de 1690, en laiton argenté, frappé sur le module d’une demi-couronne de grande émission (diam 33 mm, poids 14 g). Elle est répertoriée comme monnaie de nécessité.

Recto

À l’avers : Jacques II, en armure, à cheval, l’épée levée. Une image de chef guerrier, prêt à reconquérir son trône. (Légende : IACOBUS II DEI GRATIA MAGNAE BRITANNIAE FRANCIAE ET HIBERNIAE REX, soit Jacques II par la grâce de Dieu, Roi de Grande-Bretagne, France et Irlande).

Au revers : une légende en latin, « CHRISTO VICTORE TRIUMPHO » (« Par le Christ vainqueur, nous triomphons »). Une manière de dire : « Dieu est avec nous, la victoire est assurée ! »

Verso

Pourquoi une telle devise ? Parce que cette monnaie n’était pas seulement un moyen de paiement. C’était aussi un outil de propagande : Jacques II promettait à ses soldats que, une fois la victoire acquise, ces pièces en laiton seraient échangées contre de l’or ou de l’argent. Une promesse qui, hélas, ne sera jamais tenue…

Tout bascule le 1er juillet 1690. À la bataille de la Boyne, Guillaume d’Orange écrase les troupes jacobites. Jacques II, vaincu, fuit en France. Les dernières pièces Gunmoney sont frappées à Limerick, qui tombe en octobre 1690.

Résultat, ces pièces, qui devaient être temporaires, deviennent définitives. Elles continuent de circuler en Irlande, mais à une valeur fortement dépréciée, avant de disparaître au début du XVIIIᵉ siècle. Aujourd’hui, elles sont des témoins uniques de cette période chaotique, où l’Histoire s’écrivait à coups de canons… et de monnaie de fortune. Leur existence même rappelle que la guerre ne tient pas toujours ses promesses.

Aujourd’hui, ces monnaies peuvent atteindre des prix de trois ou quatre chiffres en fonction de leur état. Et font le bonheur des collectionneurs.

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